• Belle-Ile

     

    Belle-Ile...

    J'ai aimé me perdre sur ses généreux sentiers sans issue qui m'ont offert la mer en partage.

    J'ai effleuré du bout de mes semelles la peau de son âme le temps d'un trop court séjour.

    J'ai marché dans le silence de mes pensées sans autre but que d'écouter leurs voix éparpillées.

    J'ai abrité au creux de ma capuche les songes mugissants du vent d'hiver pour mieux l'apprivoiser.

    J'ai rencontré cette exquise gentillesse des habitants, qui affleure dès le premier sourire et ne s'éteint que dans l'au revoir.

    J'ai soigné ma gourmandise au sublime croustillant des galettes de Chez Renée à Bangor.

    J'ai parcouru à la pointe de Taillefer d'étranges ruines d'anciennes fortifications mêlées de béton armé et reprises d'assaut par la nature souveraine.

    J'ai caressé les aspérités multicolores des lichens blancs et jaunes à l'ombre des cinéraires maritimes.

    J'ai discuté boutique avec un percheron installé derrière sa porte aux écailles bleues et au linteau d'un rose ancien.

    J'ai ri avec sa propriétaire, une vieille paysanne au sourire contagieux, et vêtue d'un survêtement noir constellé de brins de paille.

    J'ai admiré la virtuosité de l'érosion et son talent pour sculpter dans la roche d'improbables paysages différents à chaque pas.

    Belle Ile... Elle me sourit dans mes encore proches souvenirs et m'appelle déjà à elle pour en créer de nouveaux.

    Bientôt!


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  • Une orgie de madeleines en hiver...

     

    Le ciel est gris. Les gens sont gris. Même le gris est gris. Aigri. Et pourtant, ce matin, un éclair de lumière a jailli, inattendu, inespéré. Je l'ai entrevu à travers le brouillard salé qui avait réussi à franchir le barrage de mes émotions. Sur l'étalage de la marchande de fruits et légumes, il y avait toute une palette de couleurs hors saison pour certaines. Des tomates grappes, des mangues, des poivrons, des champignons, des dattes fraîches, des carottes, des poireaux, des clémentines, etc... Tout un bouquet de saveurs prometteuses. Je venais faire mes emplettes de la semaine, et remercier la commerçante du cadeau qu'elle faisait à ses clients avec ses excellents produits.

    Je lui ai parlé du goût exquis de la grenade de la semaine dernière, qui avait la saveur délicate de celle que j'ai mangé pour la première fois chez ma grand-mère sur un coin de table en formica; de l'odeur parfumée des tomates grappes craquantes à souhait qui avaient éveillé en moi des souvenirs de jardin familial un soir d'été; de cette mangue si veloutée et juteuse qu'elle m'avait ramenée dans le quartier chinois de Toronto il y a presque vingt ans. Elles ont alors fait irruption comme ça, brouillant ma vue un court instant, juste celui de cligner des paupières et de les mêler à la pluie qui tombait goutte à goutte du parasol géant secoué par les rafales de vent doux au-dessus de l'étal.

    J'ai aimé le sourire de la marchande, ses dents perlant de joie d'entendre quelqu'un la féliciter des efforts fournis jour après jour pour s'approvisionner à gauche, à droite. Parfois bien loin, d'ailleurs. Ma mangue venait du Brésil, ma grenade des USA. Bilan carbone déplorable. Oui, je sais, mais je ne les aurais ratées pour rien au monde. Avoir encore une fois le goût velouté de tendres souvenirs sur le bout de la langue n'a pas de prix...

     

    Photo: le Jardinde Rabelais


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